LA DIRECTIONNALITE EST-ELLE LA SOLUTION?
A travers lhistoire des aides auditives, le développement de ces dernières sest concentré sur lamélioration des difficultés de perception dues aux dommages périphériques du système auditif. La manifestation de ces difficultés de perception pour beaucoup de malentendants est une réduction de la compréhension de la parole, particulièrement en présence dun fond sonore (bruit de fond).
Il a été démontré que lutilisation des microphones directionnels améliorait le rapport signal/bruit (SNR) et donc la reconnaissance de la parole dans de nombreuses études conduites en laboratoire (NIELSEN, 1973 ; VALENTE et al, 1995 ; WOUTERS et al, 1999 ; PUMFORD et al, 2000 ; WALDEN et al, 2000) avec un bénéfice directionnel, rapporté dans ces études, allant de 3.27 dB (PUMFORD et al, 2000) à 8.5 dB (VALENTE et al, 1995). Des résultats aussi convainquant que ceux-ci ont constitué la base de la promotion des microphones directionnels en tant que solution prouvée pour les plaintes liées à laudition dans le bruit. Grâce à de telles améliorations du rapport signal/bruit (S/B) , on peut penser que les difficultés que les malentendants rencontrent dans le bruit sont résolues. Le sont-elles ? De plus, de nombreuses aides auditives propose loption de basculer manuellement dun mode omnidirectionnel à directionnel, et donc de permettre la configuration microphonique optimale dans les situations où le signal qui intéresse le malentendant nest pas face de lui.
Comme nous avons pu le discuter plutôt, cependant, lintelligibilité de la parole dans le bruit améliorée nest pas la garantie dune utilisation satisfaisante de ses aides auditives. CORD et al (2004) ont continué à travailler spécifiquement sur la satisfaction, mais nont pas trouvé de lien entre le succès dun appareillage directionnel et le bénéfice directionnel mesuré en laboratoire.
Une autre raison ne permettant pas daffirmer que la directionnalité assure un appareillage réussi et satisfaisant est liée au bénéfice directionnel dans la vie réelle de tout les jours, en opposition aux conditions « contrôlées » du laboratoire de recherche. En effet, des études assez anciennes comme celle de NIELSEN (1973) nont pas établie les mêmes bénéfices saisissants de la directionnalité dans la vie réelle que ceux relevés en laboratoires. Une des raisons de ce désaccord est que les caractéristiques de lenvironnement affectent significativement le bénéfice directionnel. Celui-ci sera le plus important dans une chambre anéchoïque et diminuera en fonction de laugmentation de la réverbération (MADISON et HAWKINS, 1983 ; HAWKINS et YACULLO, 1984 ; RICKETTS et HORNSBY, 2003). Dautres facteurs liés à lenvironnement physique comprennent la localisation de la source de bruit, la séparation du bruit et du signal, et la distance par rapport au signal (AMLANI, 2001).
En complément des aspects acoustiques mentionnés ci-dessus, WALDEN et al (2000) ont suggéré de nombreux aspects individuels pouvant intervenir dans lincohérence observée entre le bénéfice significatif directionnel mesuré en laboratoire et le bénéfice mesuré par le malentendant dans sa vie de tous les jours. Il y a 2 points à tenir en considération : Dabord, le malentendant peut ne pas avoir appris à basculer en directionnel durant la période dessais. Une utilisation appropriée du programme directionnel nécessite que le malentendant analyse et reconnaisse les situations dans lesquelles la directionnalité pourrait être avantageuse, quil sache lactiver, et même quils sachent manipuler son environnement afin de maximiser lavantage directionnel. Ajoutons que les malentendants doivent rencontrer ces situations de vie réelle dans lesquelles ils peuvent potentiellement tirer profit de la directionnalité. Par exemple, les individus qui portent seulement leurs aides auditives dans des environnements présentant des rapports S/B très favorables ne percevront probablement pas de bénéfices en mode directionnel. Enfin, la directionnalité présente le potentiel pour interférer avec la capacité de lêtre humain de maintenir son attention sur lenvironnement découte et de basculer son attention sur une autre source sonore de son environnement.
Suite à cette réflexion, on peut penser que de nombreux utilisateurs daides auditives présentant un programme omnidirectionnel ET un programme directionnel ne profite pas ce dernier. CORD et al (2002) se sont entretenus avec 112 patients appareillés avec ce type daide auditive depuis au moins 6 mois et ont trouvé que plus de 1/3 dentre eux ne basculait pas dun mode à lautre. Parmi les raisons invoquées, la méconnaissance du moment opportun pour basculer en directionnel, labsence de bénéfice ressenti en mode directionnel dans des environnements bruyants ainsi que les difficultés liés à la manipulation pour changer de programme. Les participants à cette étude ayant changé de programme ont passé approximativement ¼ de leur temps en mode directionnel. Les situations dans lesquelles le mode directionnel était le plus utile furent celles où lenvironnement était bruyant et où le signal qui intéressait lutilisateur était en face et relativement près de lui. Linfluence de ces caractéristiques sur le choix du mode fut corroborée par SURR et al (2002), où étaient appareillés 11 patients avec des appareils où le mode directionnel était sélectionnable manuellement. Les testeurs ont également demandé aux patients de conserver un journal décrivant les situations dans lesquelles le mode directionnel était préféré. Dans une étude de suivi, WALDEN et al (2004) ont révélé que les patients adultes le plus clair de leur temps dans des situations acoustiques difficiles et ont confirmer les études précédentes qui tendent à lier les caractéristiques physiques de lenvironnement aux préférences microphoniques. Ils suggèrent donc que le fait de connaître 3 caractéristiques de lenvironnement, c'est à dire la localisation du signal (interlocuteur), la distance avec ce dernier et la présence ou labsence de bruit de fond, permettrait dadapter le mode (direct ou omnidirectionnel) de façon optimale pour les situations découte de la vie de tous les jours du patient. Une implication technologique importante est que les aides auditives qui peuvent caractériser précisément lenvironnement acoustique devraient également être capable de sélectionner le mode microphonique optimal.

Chercheurs du Walter Reed Army Medical Center
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